ND3P - Dimanche 6 janvier 2013

Fête de l’Epiphanie

Parmi tous les vœux que nous formulons depuis une semaine, je souhaite à chacun de vivre l’étonnante aventure des mages que nous fêtons en ce jour de l’Epiphanie. Ces hommes se sont laissés conduire par une étoile jusqu’au lieu où se trouvait l’enfant de Bethléem qu’ils pensaient être le roi des juifs.

Les premiers adorateurs de ce mystérieux Enfant, né dans la lignée du Roi David, étaient pour le moins surprenants : des bergers de petite réputation, les pauvres de la campagne. Puis des Mages, ces princes étrangers venus du monde des païens, venus de chez les Perses, du lointain Orient, pour présenter comme il se doit leurs hommages au Messie. Ces mages venus d’Orient, vraisemblablement des astronomes, avaient remarqué l’apparition d’un astre nouveau et interprété ce phénomène céleste comme l’annonce de la naissance d’un roi. Ils sont partis de loin, non seulement parce qu’ils venaient de l’Orient, mais parce que leurs préoccupations d’astrologues les tenaient éloignés de Dieu. Pour parvenir à l’endroit mystérieux où se trouvait l’enfant Jésus, ils ont quitté leur univers et marché longtemps, traversant l’aridité du désert, pour arriver à Bethléem. On comprend l’émoi que suscite la demande de ces princes étrangers auprès du roi Hérode et des sages de Jérusalem : « En quel lieu devait naître le Christ ?... »

Certes Hérode préférait le faste bruyant de sa cour au silence de la méditation sous un ciel étoilé, alors que ces hommes en cherchant le Christ, cherchaient à voir Dieu. Nous-mêmes aujourd’hui, avons-nous encore l’humilité et la curiosité des mages qui se sont mis en route en se laissant guider par l’étoile, c’est-à-dire la lumière surnaturelle de la foi ?... Seul celui qui reconnaît les limites de la raison humaine et confesse humblement son ignorance des mystérieux desseins de Dieu, peut recevoir l’illumination de l’Esprit et se laisser guider par lui au lieu où Dieu se donne dans un Enfant. Alors que pour discerner une étoile, il faut s’enfoncer dans la nuit ; pour se laisser instruire par l’Esprit, il faut au préalable reconnaître son ignorance. « Mille questions ne font pas un doute » disait Saint Vincent de Paul. Plutôt que d’ébranler notre foi, nos questions nous invitent à soumettre notre raison naturelle à la lumière de la Révélation surnaturelle.

Frères et sœurs, je vous souhaite d’être les mages tout particulièrement dans cette année de la Foi. Puissions-nous éprouver la « très grande joie » des Mages à la découverte de l’étoile qui les a conduit jusqu’à la bourgade de Bethléem. Avec ceux qui sont venus de loin pour voir de près cet enfant dans l’étable de Bethléem, puissions-nous être guidés non plus par l’étoile, mais par l’Esprit Saint qui nous conduit là où le Christ nous donne rendez-vous pour faire de nous des ouvriers de l’Evangile et des témoins de l’espérance. Avec eux et tous les croyants d’hier et d’aujourd’hui, nous pouvons dire grâce à la foi de notre baptême : « … nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
Réjouissons-nous avec les mages d’hier et d’aujourd’hui qui continuent de chercher Dieu dans les ténèbres de notre société qui veut ignorer Dieu.

Réjouissons-nous avec Melchior, le plus vieux des trois, agenouillé devant l’enfant de la crèche. Osant à peine le regarder, il lui tend le présent qu’il a apporté : un coffret contenant l’or, symbole de la royauté. Il l’offre à cet enfant qui deviendra le roi serviteur des pauvres et des petits.

Réjouissons-nous avec Balthasar, dont le nom à pourtant une consonance païenne. Il devient aujourd’hui un adorateur de Jésus à qui il présente l’encens. Ce parfum sacré laisse transparaitre son émerveillement devant cet enfant, alors qu’on lui avait annoncé la naissance du roi des juifs.

Réjouissons-nous avec Gaspard, l’homme à la peau noire, comme sil venait d’Afrique. Le regard grave et tout aussi émerveillé que ses compagnons, il offre la myrrhe précieuse qui annonce l’ensevelissement de Jésus par ceux qui embaumeront son corps à sa descente de la croix.

Réjouissons-nous avec toute l’Eglise, pour ces trois personnages mystérieux, ces mages qui apportent leurs meilleurs trésors, manifestant leur espérance et leur foi malgré les difficultés de la route et les inquiétudes suscitées par le roi Hérode. Grâce à eux, nous comprenons que le mystère de Noël, c’est la manifestation du mystère de Dieu qui se rend visible pour tous.

A la suite des mages, nous poursuivons le pèlerinage de la foi en Dieu qui en Jésus, nous appelle à devenir des témoins de l’Evangile de la vie et de l’espérance. Comme les Mages, c’est de nuit que nous nous approchons de l’Enfant, guidés par les prophètes de la première Alliance pour être illuminés par l’Esprit Saint qui nous fait poser notre regard sur cet Enfant venu assumer l’humanité. Il est ‘la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans ce monde’. C’est lui que nous venons écouter, car il est la Parole du Dieu vivant. C’est Lui que nous venons recevoir, car il s’est donné en nourriture pour la foi. C’est Lui que nous accueillons sous les humbles espèces du Pain et du Vin consacrés ; que nous adorons après nous être unis à lui dans la communion eucharistique.

Après avoir déposé leurs trésors au pied de l’Enfant, les Mages sont rentrés chez eux. Désormais c’est sur lui que doit se concentrer notre regard, car il est « la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans ce monde », écrit St Jean. C’est lui que nous devons écouter, car il est la Parole du Dieu vivant. Préparons-nous à l’accueillir dans son Eucharistie avant de regagner nos lieux de vie et d’occupations respectives ‘par un autre chemin’, celui de l’Evangile.

Par notre participation fidèle à l’Eucharistie du dimanche, nous devenons disciples de Celui en qui nous reconnaissons le roi, le prêtre et le prophète. Puissions-nous avoir l’humilité des mages qui se prosterne devant l’enfant de Bethléem afin d’être renouvelés dans la foi, l’espérance et l’amour. Nous serons alors à notre tour des foyers de lumière brûlant du Feu de l’Esprit, au cœur de ce monde encore plongé dans la nuit. Puissions-nous comme les mages qui regagnent leur pays ‘par un autre chemin’, emprunter le chemin nouveau de l’Evangile, devenus les disciples de Celui en qui nous reconnaissons le roi, le prêtre et le prophète des temps nouveaux. C’est à lui que nous offrons l’or de notre adoration, l’encens de notre louange et la myrrhe de notre reconnaissance.

Tout au long de cette année nouvelle, que Dieu vous bénisse afin que vous soyez renouvelés dans la joie de croire, d’espérer et d’aimer pour être témoins de la lumière du Christ et brûlant du Feu de l’Esprit, au cœur de ce monde que Dieu aime !...