ND3P - Dimanche 11 novembre 2012


La première lecture du premier Livre des Rois et celle de l’Evangile, nous donnent à voir deux pauvres femmes, deux veuves, qui n’ont presque rien et qui donnent tout.

Pour comprendre leur geste, je vous raconte une histoire, un conte écrit par le poète Tagore. C’est l’histoire d’un pauvre mendiant qui rencontre le cortège rutilant du roi. En le voyant, il pense que c’est son jour de chance. Alors, il tend la main vers le char en or. A sa grande surprise, le roi lui demande : Qu’as-tu à me donner ?... Le mendiant déçu cherche au fond de son sac quelques grains de blé et il en donne un au roi. A la fin de la journée, le mendiant fait ses comptes. Dans ses pauvres grains, il en trouve un en or. Il se dit en pleurant qu’il aurait dû tout donner.

Ce n’est qu’un conte, mais il rejoint les textes bibliques de ce dimanche. Quand Dieu envoie le prophète Élie au désert, ce n’est pas pour convertir mais pour mendier. Et c’est à une pauvre veuve qu’il fait appel. Contrairement au mendiant de Tagore, elle donne tout le peu dont elle dispose. Et c’est avec ce peu que le Seigneur a réalisé de grandes choses. Sa farine et son huile ne s’épuisèrent pas. Pour nous chrétiens, cette veuve est le visage de la foi qui grandit au fur et à mesure qu’on la partage. Comme le dira plus tard l’apôtre saint Jacques : "Moi c’est par mes œuvres que je te montrerai ma foi."

L’Évangile nous montre aussi comment Dieu fait tout à l’envers de la société avec la pauvreté des moyens qu’il utilise : quand il prend la condition humaine, il naît dans une étable, il fréquente les pécheurs ; il juge sévèrement ceux qui donnent beaucoup au temple pour se faire remarquer ; et voilà qu’aujourd’hui, il vante les mérites de cette pauvre veuve qui n’a rien mais qui donne tout. Une fois encore dans l’Evangile, Jésus donne la première place aux petits, aux exclus, à ceux qui sont les derniers en ce monde. Par contre, il a des paroles très dures contre certains scribes qui ne cherchent qu’à être bien vus sur les places publiques, dans les synagogues et les dîners. Ils dévorent les biens des veuves au lieu de leur venir en aide. C’était d’autant plus grave qu’elles étaient réduites à la misère. En agissant ainsi, ils trahissent leur fonction et ne peuvent servir de modèle.

C’est aussi pour nous que cet évangile a été écrit et proclamé : Méfiez-vous de ceux qui cherchent les premières places pour être bien vus. C’est toujours agréable de recevoir des éloges et d’attirer l’admiration des autres. Mais le plus important c’est le regard de Dieu. Il voit mieux que nous ce qu’il y a dans le cœur de chacun. Ce qui fait la valeur d’un homme, c’est ce qu’il a dans le cœur. Ce qui fait la valeur d’une vie c’est notre amour pour ceux qui nous entourent et notre attention aux plus fragiles comme nous le rappelle Diaconia 2013. Georges Guynemer disait : "Tant qu’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné." Et Mère Thérésa disait que ‘tout ce qui n’est pas donné, est perdu !...’

L’Évangile de ce jour met en avant une pauvre veuve qui dépose deux piécettes. Personne ne l’a remarquée. Mais sans le savoir, elle a attiré l’attention de Jésus. Il montre qu’elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. C’est à Dieu qu’elle donne tout. C’est en lui qu’elle met toute sa confiance. Cet évangile rejoint celui des béatitudes : "Heureux les pauvres de cœur." Ils sont proclamés heureux, non à cause de leur misère mais parce qu’en donnant tout, ils ont accès au Royaume des cieux.

C’est ce que le Seigneur attend de ceux qui veulent le suivent. Il a posé son regard sur nous et nous appelle à être comme des gens simples qui se méfient de l’hypocrisie, pas seulement celle des autres mais aussi la nôtre. Nous ne pouvons pas nous contenter de belles paroles. Le Seigneur attend de nous que nous mettions notre vie en accord avec l’amour qui est en lui.

C’est ainsi que Jésus a donné sa vie. Il prend la place du dernier des esclaves pour laver les pieds de ses disciples. Il leur ordonne de suivre son exemple. Il nous donne tout en s’offrant lui-même dans l’Eucharistie pour nous faire communier à la vie de Dieu. Il attend de nous que nous donnions le meilleur de nous-mêmes dans le partage avec les autres et pour que nous puissions servir la fraternité.

Pour bien comprendre toute la portée de cet Évangile, nous nous tournons vers la croix du Christ. Nous comprenons alors qu’il a tout donné jusqu’au bout. Et il continue à se donner pour chacun de nous. La lettre aux hébreux nous rappelle que la Passion du Christ a changé l’histoire. En lui, tous les hommes sont sauvés. Cet évangile nous appelle donc à apprendre à vivre sous le regard de Dieu et non celui des hommes. Le plus important, ce n’est pas la quantité de ce que nous donnons, mais de ne pas se contenter de prendre sur notre superflu, mais de se dépouiller aussi de ce à quoi nous tenons le plus.

Rappelez-vous le mendiant du conte de Tagore lorsqu’il fait ses comptes. Parmi ses pauvres grains qu’il n’a pas donnés, il en trouve un en or, regrettant alors de n’avoir pas tout donné. Donner c’est gagner pour la vie éternelle.

En ce dimanche, alors que le peuple de France commémore l’armistice de la guerre 14-18, nous nous souvenons tous ceux qui ont donné leur vie pour que nous puissions vivre dans un pays libre et en paix. Nous n’oublions pas les victimes de toutes les guerres, des violences et des attentats, d’hier et d’aujourd’hui. Nous penserons aussi aux familles endeuillées, aux enfants orphelins et à tous les grands blessés.

Au cours de cette Eucharistie, nous nous tournons vers toi Seigneur : Apprends-nous à donner le meilleur de nous-mêmes, à servir la fraternité par une notre vie remplie de ton amour pour toi et pour tous nos frères. Amen !...