ND des Trois Provinces - Noël Samedi 24 décembre


« Un enfant nous est né, un fils nous a été donné […] On proclame son nom :
« Merveilleux conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince de la paix. »

Chers amis, frères et sœurs, ce soir, je voudrai attirer votre attention sur ces paroles écrites plusieurs milliers d’années avant même la naissance de Jésus. Depuis plus de 20 siècles, raisonne cette annonce du prophète Isaïe, confirmée par St Luc qui raconte dans l’Evangile, le récit de la naissance de Dieu, ‘l’Emmanuel au milieu de nous’.

Cependant, rien ne s’est produit comme on l’avait prévu ; Dieu nous surprend au moment où on ne l’attend pas. Ce soir là, il n’y avait pas de place, ni pour ses parents, ni pour lui ; pas de place pour eux dans la salle commune réservée aux pauvres et aux indigents. Les choses commencent bien mal pour cet enfant nouveau-né, comme pour ses parents d’ailleurs. Cette jeune fille, une juive, promise en mariage sans être mariée, se trouve enceinte avant même de vivre encore avec son fiancé. Quand à Joseph, découvrant la situation de Marie, à laquelle il était fiancé, il ne peut que la renvoyer car il sait bien qu’elle risque, selon la loi, la lapidation. Et ce voyage en Judée, pour participer au recensement ordonné par l’empereur Auguste. Quelle imprudence, puisque Marie est sur le point d’accoucher !... Ni maison, ni auberge, ni salle commune pour les accueillir si ce n’est une pauvre étable et une mangeoire pour y déposer le nouveau-né. De plus, très vite, ils devront fuir en Egypte pour éviter le massacre des enfants innocents décrété par Hérode.

Oui, ce soir là, notre Dieu est venu pas dans le monde, mais pas comme on l’attendait, humble parmi les humbles, pauvre parmi les pauvres. Peu l’ont reconnu, nous dira St Jean dans l’évangile que nous entendrons demain matin, à la messe du jour de Noël. « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reconnu » Peut être que nous-mêmes, nous ne l’avons pas encore vraiment reconnu et accueilli dans notre existence !...

Ce soir, nous sommes comme ces bergers qui s’approchent de l’étable de Bethléem. Premiers invités pour voir ce nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire, ils nous représentent avec les petits, les pauvres et la foule des anonymes qui depuis plus de 20 siècles, font le déplacement vers la grotte de la Nativité. Emerveillés par le regard de cet enfant, ils furent remplis de joie, libérés de la peur par les premiers mots de l’ange de Dieu qui leur adresse son message avec délicatesse : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une grande nouvelle … » Quelle nouvelle en effet : « Un enfant vous est né … » Qu’-y-a-t’il de plus grand, de plus beau, de plus heureux que d’annoncer la nouvelle d’une naissance !... Vous les parents, vous savez bien ce qu’il en est … et vous les enfants, lorsqu’on vous a annoncé la future naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur.

Frères et sœurs, chers amis, la joie des anges qui ont annoncé cette Bonne Nouvelle est devenue la joie de toute l’humanité. D’où que vous veniez, des environs ou d’ailleurs, de chez nous ou pas de chez nous, de la paroisse ou d’au-delà de cette paroisse : peu importe, vous êtes les bienvenus !... Soyez les bienvenus, petits et grands, enfants et parents, jeunes et aînés, pratiquants ou non pratiquants, car l’étable de Bethléem est ouverte à tous, comme notre paroisse doit s’ouvrir à tous. On vient de partout, de tous les coins du monde car la crèche de Noël rassemble tout le monde, connus ou inconnus, en famille et avec les amis.

Comme les bergers, pauvres et isolés dans la campagne des environs de Bethléem, premiers invités à la crèche, nous sommes venus parce que depuis notre baptême, nous faisons partie de ce peuple en marche qui a vu se lever une grande lumière, même s’il nous arrive d’avoir le sentiment de marcher dans les ténèbres ou dans la nuit de notre société de l’indifférence qui veut se passer de Dieu. Nous sommes là comme des veilleurs dans cette nuit, rejoignant les bergers d’autrefois qui se sont laissés guider par l’étoile jusqu’à Bethléem ; et comme ceux qui depuis plus de 2000 ans, s’approchent humblement vers cette étable où Dieu a voulu se faire proche de nous.
Noël n’est pas une ‘belle fable, comme souvent les médias voudraient nous faire croire. Nous ne sommes pas là pour honorer une belle tradition légendaire, ni pour inaugurer une soirée d’hiver qui se prolongerait par un repas de famille, pendant lequel on s’offrirait des cadeaux. D’ailleurs, dans son groupe de caté, un enfant a réagit vivement devant sa catéchiste en disant : « Les cadeaux de Noël, c’est minable !... Nous, on a eu notre cadeau d’anniversaire.

Aujourd’hui, ce n’est pas notre anniversaire, c’est l’anniversaire de sa naissance à lui, Jésus. C’est pour lui les cadeaux. Quelle belle et juste remarque pour notre société qui veut réduire Noël au réveillon avec sa distribution de cadeaux choisis et réclamés depuis plusieurs semaines. Pourtant, les cadeaux de Noël, ce n’est pas minable, à condition que chaque cadeau offert rappelle que Noël, c’est le cadeau de Dieu qui nous donne son Fils Jésus ; le plus beau de tous les beaux cadeaux que nous puissions offrir ou recevoir. A Noël, Dieu nous donne un si beau et si grand cadeau, que nous avons envie d’offrir un beau cadeau à ceux que nous aimons.

Chaque année, la crèche de Bethléem prend les dimensions de notre planète, en s’ouvrant à tous, même les plus pauvres. Alors, n’oublions pas ceux qui habitent encore le pays de l’ombre. Il en est sans doute parmi nous, plus que d’autres, touchés par la maladie, le deuil, ou telle épreuve familiale ou professionnelle. Je pense à aux malades qui souffrent, à ceux qu’on ne peut guérir, à ceux qui sont isolés sans visites et sans famille. Je pense à ceux qui vivent dans l’engrenage de la guerre, en Irak ou en Egypte, à Kaboul ou au Darfour, en Israël ou en Palestine. Je n’oublie pas ceux qui, près de nous, vivent dans l’angoisse de la violence familiale ou dans les rues. Je pense à ces couples cassés et à ces milliers d’enfants ballottés au sein d’une famille déchirée ; ou encore, à ces nombreux jeunes trompés par les marchands de bonheur, qui s’enfoncent dans la drogue et la délinquance ; spirale infernale de la violence.

Oui, dans la nuit de Noël, Jésus vient établir sa demeure parmi nous, mais interrogeons-nous !... Y a-t-il vraiment de la place pour cet enfant dans notre société de l’argent et de la consommation qui engendre le matérialisme et l’individualisme ?... Y a-t’il encore un peu de place dans nos sociétés hyper-médiatisées où l’on n’a plus besoin de réfléchir, si ce n’est pour penser comme tout le monde ?... Y a-t’il encore de le place dans notre société pour l’enfant qui nous est donné alors que le massacre des innocents décrété par Hérode continue quotidiennement dans la suppression des enfants à naître ; et bientôt, par l’Euthanasie, pour les personnes arrivant en fin de vie ?... Y a-t’il encore de la place pour le Fils de Dieu dans une société qui fragilise la famille, relativise le divorce et l’homosexualité, s’habitue à la drogue et à la violence sous toutes ses formes. Y a-t-il vraiment de la place pour cet enfant sur notre continent européen qui veut ignorer les racines de la foi et de la vie chrétienne qui ont fait l’âme de notre pays.

Grâce à l’enfant de Bethléem, la lumière des origines brille à nouveau dans le ciel assombrit par toutes les ombres médiatiques qui ne cessent chaque jour de nous enfoncer dans la désespérance. La lumière ouvre à la connaissance et à la vérité en opposition à l’obscurité du mensonge et de l’ignorance. La lumière de Bethléem ne s’est jamais éteinte, même si au cours des siècles, elle a été fragilisée par les conséquences du péché de l’orgueil et de l’égoïsme. Au fils des siècles, elle a touché des hommes et des femmes, les enveloppant de lumière. Là où surgit la foi en cet Enfant, là aussi jailli la charité, l’attention empressée pour ceux qui sont faibles et pour ceux qui souffrent.

Ainsi, la pauvreté de l’étable de Bethléem annonce le dénuement de la croix. Le linge dont Marie a emmailloté son enfant préfigure le Linceul dans lequel le corps du crucifié sera enseveli. Sa mangeoire préfigurant son tombeau, est devenue aujourd’hui la table de l’Eucharistie. Désormais, il nous faut quitter la mangeoire de Bethléem, la maison du pain, pour aller à Table de l’Eucharistie où, Jésus nous invite pour nourrir notre vie à celle de Dieu.

Frères et sœurs, désormais, la crèche, c’est le cœur de l’homme, notre cœur où le Christ vient prendre place. Puissions-nous marcher plus loin que l’étable de Bethléem afin d’accueillir en cette fête de Noël, la grâce de la lumière, de la joie et de la paix. Je vous souhaite de rayonner cette lumière intérieure autour de vous, dans vos maisons et au sein de vos familles, avec vos amis et tous ceux que vous rencontrerez en ces jours. Laisser éclater votre joie de croire et votre bonheur de connaître cet enfant ‘Dieu au milieu de nous’ ». Accueillez la paix qui vient de Dieu qui veut faire de chacun des artisans de paix. Je souhaite vraiment que chacun trouve la paix intérieure qui fait naître la joie et accueillir la lumière.

Laissez-vous surprendre par la lumière de cette présence de Dieu au milieu de vous. Laissez-vous aimer par l’enfant de la crèche qui vous tend les bras. Laissez-vous envahir par la lumière de Dieu qui vient éclairer la nuit de notre humanité. Que les paroles de l’ange annonçant la Nativité de « l’Emmanuel : Dieu avec nous … raisonnent dans le cœur de chacun, un peu comme si c’était le premier Noël pour une vraie rencontre avec le Christ.

Joyeux Noël à tous !…