ND des Trois Provinces - Dimanche 4 septembre 2011 (23ème TEMPS ORDINAIRE)

La charité nous oblige...

Les textes de ce jour nous invitent à devenir ‘serviteur de la réconciliation’. Dans la première lecture, avec le prophète Ezéchiel : « … je fais de toi un guetteur […] lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part ». Avec l’apôtre Paul dans la deuxième lecture : « … ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel … » Avec Jésus dans l’Evangile qui nous demande de nous corriger les uns les autres ; comme si nous n’avions pas assez de nos propres faiblesses à corriger !... Imaginez si quelqu’un se permettait d’aller corriger un mari en présence de sa femme ou une femme en présence de son mari, un père devant ses enfants, ou un maître d’école devant ses élèves. Correction difficile à accepter !...
Pourtant, dans son enseignement, Jésus nous invite à tout mettre en œuvre pour aider un frère qui s’égare dans le péché. C’est ce qu’on appelle la correction fraternelle ; c’est-à-dire la charité qui oblige à s’aider pour retrouver le droit chemin, et cela, au nom du baptême qui fait de nous des frères dans le Christ.
Appel à pratiquer la correction fraternelle en famille : les parents entre eux, et aussi à l’égard de leurs enfants pour les aider à grandir. Mais aussi, entre chrétiens : lorsqu’un membre de la communauté s’égard en s’éloignant de l’Evangile afin de l’avertir dans le seul but de l’aider.
A travers les paroles de Jésus, nous pressentons toute la délicatesse de Dieu à notre propre égard lorsque nous nous éloignons de lui. Nous mesurons combien il compte sur nous pour ramener dans le droit chemin ceux qui se sont égarés, avec patience et douceur.
Ce que Jésus enseigne concernant la correction fraternelle peut également être très utile dans l’éducation des enfants. La correction fait partie des devoirs fondamentaux des parents pour aider leurs enfants à grandir. Il faut seulement éviter que la correction se transforme en accusation ou en humiliation. Au contraire, il est bon de savoir mettre en valeur le bien que l’on reconnaît chez l’autre, afin que la correction apparaisse comme un encouragement pour grandir et persévérer. C’est la méthode qu’utilisait saint Jean Bosco avec les jeunes, tenant compte de la règle d’or, valable dans tous les cas, que l’Apôtre Paul donne dans la deuxième lecture : « Frères, ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel... l’amour ne fait rien de mal au prochain ».
Il faut bien reconnaître que souvent, nous pratiquons la correction d’une manière peu fraternelle, chaque fois que nous le faisons dans le dos de la personne concernée. C’est tellement plus facile de divulguer inutilement la faute de l’autre, de le juger, de le critiquer, voire même le calomnier. D’où la nécessité de cultiver la vertu de la « Biendisance ». Vous vous souvenez dans le bulletin du mois de juin qui nus invitait à vivre la biendisance en parlant des autres comme nous souhaiterions qu’ils parlent de nous avec la bonté du cœur.
Parce que nous appartenons à une communauté de frères, l’Eglise, unit dans le Christ, nous sommes appelés à œuvrer pour la communion et non pas la division. « On reconnaîtra que vous êtes mes disciples, à l’amour que vous aurez les uns pour les autres … », prévient Jésus à l’adresse de ceux qui le suivent. Pour comprendre, je vous livre cette petite histoire de Saint Philippe Neri, au XVIème siècle.

Un jour, une femme alla se confesser auprès de lui, s’accusant d’avoir mal parlé de quelques personnes. Philippe Neri lui donna l’absolution mais également une étrange pénitence. Il lui demanda de rentrer chez elle, de prendre une poule et de revenir le voir, en la plumant soigneusement tout le long du chemin. Lorsqu’elle fut de retour devant lui, il lui dit : « Maintenant rentre chez toi et ramasse une à une les plumes que tu as laissé tomber en venant ici ». La femme lui fit observer que cela était impossible : le vent les avait sûrement dispersées un peu partout depuis. Mais c’est précisément là que l’attendait saint Philippe Néri. « Tu vois, lui dit-il, de même qu’il est impossible de ramasser les plumes une fois dispersées par le vent, il est impossible de retirer des commérages et des calomnies une fois qu’ils ont été prononcés ».
Que de paroles inutiles qui nous aveuglent sur nous mêmes et sur nos frères. A l’heure où les médias cultivent les oppositions, il nous faut résolument œuvrer pour la ’accueil des différences qui peuvent enrichir. Alors que la dictature du relativisme moral et doctrinal s’est infiltré jusqu’au cœur de nos communautés chrétiennes, il nous faut retrouver la Vérité de l’Evangile pour vivre la fraternité et la communion, en témoins du Christ qui fait de nous des ‘guetteurs’, serviteurs de la rencontre et de la communion, dans nos lieux de vie familiale, professionnelle, scolaires, associatif et paroissial.
Prions avec Saint François D’Assise :

Faites de moi un instrument de votre paix.
Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.
Faites que je ne cherche pas tant à être consolé que de consoler,
D’être compris que de comprendre.
D’être aimé que d’aimer.
Parce que : C’est en donnant que l’on reçoit,
C’est en s’oubliant soi-même qu’on se retrouve
C’est en pardonnant qu’on obtient le pardon.
C’est en mourant que l’on ressuscite à l’éternelle vie.
Saint François

Que l’Esprit Saint nous éclaire et nous fortifie pour que nous nous acquittions de « la dette de la charité fraternelle » avec douceur et compassion. Il en va de la communion dans nos communautés chrétiennes, et donc de notre dynamisme missionnaire pour témoigner de l’Evangile de la vie et de l’amour de Dieu pour tous.