ND des Trois Provinces - Dimanche 20 novembre 2011

Venez, les bénis de mon Père

Au commencement de l’année liturgique, nous étions invités à baisser notre regard vers un Enfant déposé dans une mangeoire ; en ce dernier dimanche de l’année liturgique, nous levons les yeux vers celui qui se présente avec puissance, le Roi de Gloire, le Juge des vivants et des morts, le Roi de l’univers.

Dans la première lecture, le prophète Ezéchiel nous révèle justement le vrai visage de ce roi qui va lui-même rechercher la brebis égarée, veillant sur chacune d’elle pour les délivrer et les rassembler … « La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces … » C’est l’image du roi-pasteur, proche de son peuple parce qu’il prend soin de chacun de nous ; car nous sommes la brebis perdue, égarée et blessée par le péché. Sa Royauté est celle de la justice et de la vérité, de la miséricorde et de la charité.

La prière du psaume 22 nous a ouvert une perspective nouvelle car : ‘le Seigneur est mon berger […] il me fait reposer […] me fait revivre […] me conduit par le juste chemin … ». Et même « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal […] grâce et bonheur m’accompagne … »

Dans sa lettre, l’apôtre Paul nous rappelle que c’est en nous aimant jusqu’au bout que Jésus a manifesté sa royauté suprême, celle qui triomphe des puissances du mal, de la division, de haine et de la mort. L’humilité de ce Roi vainqueur en a fait pour nous, un véritable roi de cœur qui ouvre les cœurs à la bonté et à la miséricorde de Dieu.
Dans l’Evangile, Jésus raconte cette parabole du jugement final pour tourner notre regard vers Dieu le Père qui nous a créés à son image et à sa ressemblance. Ainsi, tout ce que nous faisons à l’un de ces petits qui sont les siens, c’est à lui-même que nous le faisons.

Il n’y a donc pas de passeport à présenter pour franchir les portes du Royaume promis par Dieu, mais seulement un mot de passe : la charité ; c’est-à-dire l’amour que le Christ nous donne pour aimer nos frères comme Lui nous a aimés. En prenant chaire de notre chaire, il s’est identifié à chacun de « ces petits » de sorte que ce que nous faisons « … à l’un de ces petits qui sont mes frères [dit Jésus] c’est à moi que vous l’avez fait ».

Jésus nous révèle que l’accès au Royaume n’est pas une récompense pour bons et loyaux services, mais une entrée dans la pleine communion avec Dieu, accomplissant ainsi ce qui est déjà commencé dans le cœur de ceux qui dont la charité se fait inventive auprès de leurs frères les plus petits.

Dans cet enseignement, Jésus ne veut pas d’abord expliquer la manière dont se déroulera le jugement dernier. Il nous révèle plutôt le sens de l’histoire du salut qui se conclura par un jugement final. Alors Dieu le Père dira à chacun de ceux qui auront été, non pas des as de la finance, ou des as du pouvoir ou des as du savoir, mais des as de cœur : « Venez, les bénis de mon Père ... »

Le secret de cette parabole, le secret de la réussite de notre vie aux yeux de Dieu, réside dans la question fondamentale de ce dialogue du ‘Roi’ avec les justes et les injustes. Concrètement, ‘Avez vous été capables de reconnaître le visage du Christ dans celui des pauvres et des petits que vous avez nourris, abreuvés, accueillis, visités, vêtus, consolés ?…’

Ces 6 œuvres de miséricordes sont à notre portée : nourrir un affamé, donner à boire à celui qui a soif, vêtir un démuni, accueillir un étranger, visiter un malade ou un prisonnier … Elles ne constituent pas un programme électoral, ni même un programme éthique qui consisterait à être gentil pour faire plaisir à Jésus, comme on dit aux enfants. Il s’agit avant tout autre chose de l’amour du prochain ; c’est-à-dire, la charité du Christ qui s’est fait proche de nous pour nous conduire à Dieu. Le prochain, c’est celui dont nous nous efforçons d’être proche par notre regard et notre écoute, notre attention et notre aide. A à travers lui, c’est le Christ lui-même qui vient à notre rencontre, pour que nous puissions l’accueillir et le servir comme il nous l’a montré en lavant les pieds de ses disciples, le soir du Jeudi Saint, juste avant d’instituer l’Eucharistie.

L’existence du mal et de l’injustice dans le monde est certes un mystère et un scandale, mais sans la foi et sans un jugement dernier, le mal et l’injustice apparaissent infiniment plus absurdes et plus tragiques encore. Comme en témoigne la réponse du Saint Curé d’Ars à l’une de ses paroissiennes qui venait de lui dire : « Lorsque vous allez arriver au ciel et que vous vous rendez compte que Dieu n’existe pas … » Le curé d’Ars : « J’aurai le sentiment de m’être fait avoir, mais je ne regretterai jamais d’avoir aimé !... » En revanche, si Dieu existe [ce que je crois profondément], alors je suis triste pour le non-croyant. Il a tout perdu, y compris le bonheur d’aimer et de se savoir aimé.

Chers frères et sœurs, la fête du Christ Roi de l’univers, répond à l’espérance humaine la plus universelle, en nous assurant que l’injustice et le mal n’auront pas le dernier mot. Nous cherchons à imiter le Christ pour anticiper notre rencontre avec le Père qui juge en séparant. Alors, à nous de séparer la vérité du mensonge, le bien du mal, la charité de l’égoïsme.

Ainsi, lorsque nous paraîtrons devant Dieu, père de toute miséricorde, nous serons de ceux à qui le Christ dira : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde ».

Au bout du compte, ce sont donc bien les œuvres de charité qui sont déterminantes, comme l’écrit l’apôtre St Jacques : « celui qui n’agit pas, sa foi est belle et bien morte » La mesure de notre existence, c’est l’amour que nous avons les uns pour les autres … C’est la charité de ceux qui travaillent à l’avènement du Règne de Dieu non seulement pour un monde plus juste et plus fraternel, mais pour que le plus grand nombre puisse entrer dans l’éternité de la vie en Dieu !...